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La légende de
l’Ankou
Un homme des ténèbres, décharné et osseux
A l'allure sombre, inquiétante et dégingandée,
Arpente, la nuit, les paisibles rues bretonnes
Dans sa karrik an ankoù (1) , précaire, tirée
Par deux chevaux noirs. Le premier, vieux
Maigre et élancé, l'autre gras et luisant.
Sa karriguel (2) est emplie de pierres, la tonne
frôlant, pour en faire grincer les essieux.
L'âme errante est toujours accompagnée de deux
Compagnons. L'un, par la bride, conduisant
Le cheval de tête, le second ouvrant les portes ;
Ankoù prend les âmes des morts et les emporte.
Le long squelette toujours vêtu de noir qu’est l’Ankoù
Circule toute la journée et aime à narguer la cantonade
De sa chanson funeste « Maro han barn ifern ien,
Pa ho soign den e tle crena » (3) et les humains d’être effrayés
Par la lueur du jour, dans la pierre de l’ossuaire, sculptée.
Fanc’h ar Floc'h, le forgeron de Ploumilliau, fit passade
De la veille de Noël, date sacrée, forgeant tant et si bien
Qu’un homme en veste à basques et braies au-dessus du genou
Lui tendit sa faux et dit « C’est juste un clou à river ».
Ce fût le dernier ouvrage de sa vie. Sur La Faux, il avait travaillé.
photo de Ifernyen licence GFDL
L'ouvrier de la mort, inéluctable, aiguise sa faux
D'os humain amassés en ses tournées, tel fusil
Tranchant à l’extérieur, autre labeur, autre facture.
Le moissonneur rempli sa charrette, la nuit agissant
Et largue ses pierres en un fracas assourdissant.
La curiosité envers lui, un vilain et grave défaut
Passe à trépas la nuit suivante celui qui l'épie.
Retirez-vous si vous ne voulez figurer sur liste futur.
Farceurs! Abstenez-vous, voir arbres couchés sur la voie
Ne l’amuse guère, risquez de rapprocher votre trépas.
Franchir seul le seuil de votre nouvelle maison devez éviter.
Faites-vous précéder d’un animal, payez-lui ainsi votre tribut.
Du sang d’un coq, immolez et arrosez vos récentes fondations.
A l’état de poussière irez. Protégez-vous, l’heure pouvez retarder
Il viendra vous chercher bien assez tôt, là est sa tâche, son but
Sa besogne achevée, à la dernière nuit de l'année,
L'Ankoù peut enfin déposer les armes à ses pieds
Alors, relayant la faucheuse, le dernier des trépassés
Pour l'an suivant, immuable, gwiskan tok ann ankoù (4)
En infinie succession, cycle maudit, fatale destinée.
Duo Maribel et Sohyoungmi
Lexique :
(1) karrik ann ankoù : charrette de l'Ankoù
(2) karriguel : autre nom de la charrette de l'Ankoù
(3) Maro han barn ifern ien, Pa ho soign den e tle crena :
La mort, le jugement, l'enfer froid, quand l'homme y songe, il doit trembler.
Sur l'ossuaire de Braspart est gravée sa devise : "Je vous tue tous"
et à la Roche-Maurice, : "Souviens-toi homme que tu n'es que poussière".
(4) gwiskan tok ann ankoù : porter la casquette de l'Ankoù
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